Libération de l’Afrique : la lutte de noirs américains pour la liberté doit servir de modèle aux élites africaines

Pour la première fois dans son histoire, des nouvelles opportunités s’offrent à l’Afrique de prendre son destin en mains après 500 ans de domination occidentale. Pour «Sortir l’Afrique de cette grande nuit», selon Achille Mbembe, la lutte de Noirs américains pour la liberté doit servir de modèle aux élites africaines.

Depuis la défaite de l’Afrique face à l’Occident au 15ème siècle et la mise en place de la traite des Noirs, le continent noir a été dépeuplé de ses fils et filles expédiés en Amérique pour travailler dans les plantations comme esclaves, au profit des capitalistes occidentaux. Aux États-Unis où ils étaient nombreux, l’esclavage non seulement transformait des êtres humains en marchandises, mais il faisait aussi du phénotype, en particulier la couleur de la peau, le fondement de leur asservissement.

À cause des humiliations, de la déshumanisation et des souffrances endurées dans les plantations, les Noirs américains ont compris que pour se libérer, ils doivent se constituer en tant que peuple dans l’abomination de l’esclavage. Ils s’attelèrent à deux immenses tâches en même temps. La première consistait à créer un espace d’où ils interpelaient le système les maintenant en esclavage. Il fallait donc imaginer une communauté et la construire. Puis, sur cette base, ils ont élaboré des stratégies pour affronter les structures de l’oppression, soulignent Manning Marable et Leit Mullings dans leur ouvrage «Freedom, une histoire photographique de la lutte des Noirs américains».

C’est en créant une communauté que les Noirs posèrent des jalons grâce auxquels des femmes et des hommes ordinaires purent caresser des rêves de libertés. Familles, églises, écoles, associations de volontaires mais aussi activités artistiques, poétiques et sportives furent autant de lieux et de domaines où eut lieu le combat pour la liberté. Un des thèmes les plus importants du mouvement pour la liberté fut la libération de l’imagination- en l’occurrence, l’imagination d’un peuple. Cette précieuse liberté d’imaginer un peuple et un avenir.

La construction d’un autre imaginaire était possible grâce à une production de la pensée par des leaders connus comme Frederick Douglass, Highland Garnet, W.E.B. Du bois, Booker T.Washington, Marcus Garvey, Martin Luther King et Malcom X. Ce travail de titan a donné confiance et fierté aux Noirs américains.

Grace à ce travail de longue haleine, les Noirs américains ont libéré leur imaginaire et sont devenus des êtres désaliénés, avec comme slogan, «Black is beautfull». Tel n’est pas le cas des Noirs africains qui, dans la plupart des cas, sont encore aliénés et souffrent d’un complexe d’infériorité caractérisé par l’expression

«le Blanc a dit». Dans ses analyses, Frantz Fanon a démontré que l’aliénation et le complexe d’infériorité des Noirs africains résultent de l’esclavage et du colonialisme. Ils ont intériorisé ce complexe et ils trouvent normal qu’ils restent dominés par des capitalistes occidentaux jusqu’à ces jours. Ce néo-colonialisme fonctionne avec la complicité de certaines élites africaines qui sont aux commandes des États africains depuis l’indépendance théorique. C’est qui reste vrai est que les Noirs africains n’ont pas encore fait le travail de reconstruire leur imaginaire comme ce fut le cas des Noirs américains. Ici, il faut dire que certains leaders africains ont déjà fait ce travail mais celui-ci est ignoré par certains pouvoirs publics inféodés aux capitalistes occidentaux qui préfèrent garder les Noirs africains sous leur domination pour les exploiter. À cet égard, l’absence de l’histoire de l’Afrique dans les programmes scolaires est un exemple éloquent. Plus de trente ans après que l’Unesco a publié 8 tomes de l’histoire de l’Afrique, son introduction dans les programmes scolaires tarde à venir. Certains gouvernements africains ignorent totalement ce travail fait par les historiens pour laisser les enfants africains dans l’ignorance de leur passé. Or, pour se libérer, il faut donc commencer par reprendre conscience de son passé. Il en va de même de la réforme de l’éducation qui est le dernier souci de certains gouvernements africains.

 

En tout état de cause, si nous voulons transformer l’Afrique, note le philosophe Kä Mana dans son ouvrage «l’Afrique, notre projet», la voie de l’éducation et de l’animation culturelle est aujourd’hui notre voie royale. L’éducation, c’est le lieu à l’intérieur duquel se construit et se produit l’imaginaire nouveau. L’animation culturelle, c’est l’ébranlement des forces créatives chargées de diffuser certaines idées, certains principes, certaines valeurs, certains rêves et certaines espérances afin qu’ils s’incarnent soit dans une nouvelle élite du changement social positif, soit dans de nouveaux mouvements historiques de transformation de l’ordre établi. C’est la voie à suivre si on veut réaliser le parcours de Noirs américains.

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