MZEE LAURENT DÉSIRÉ KABILA, LA CONTINUITÉ DE LUMUMBA

À la mort de Lumumba, Laurent-Désiré Kabila a vingt ans. Il confie à sa mère : «Je vais marcher sur les pas de Lumumba». Pour son compagnon de lutte, le patriarche Ismail Tutwemuto, deux évènements ont beaucoup

marqué le jeune Laurent-Désiré Kabila : la sécession katangaise et l’assassinat de P. Emery- Lumumba, son idole. Tous ces événements se sont passés quand il était à la tête de la jeunesse du parti politique « Balukat » dirigé par Jason Sendwe allié au Mouvement national congolais de P. Lumumba qui prônait l’unité nationale, l’indépendance économique et le panafricanisme.

Cependant, Laurent-Désiré Kabila aura la chance que Patrice Lumumba n’ait pas eue, d’avoir une solide formation idéologique du marxisme-léninisme et maoïsme. Avec cette nouvelle idéologie, L.D. Kabila va corser l’idéologie lumumbiste. Il comprend que la meilleure façon de libérer, de sauvegarder l’unité et l’indépendance économique du Congo contre les convoitises des prédateurs occidentaux reste la lutte armée.

Après la défaite des partisans lumumbistes dans la ville de Kisangani au Nord-est du pays, Laurent-Désiré Kabila et certains lumumbistes vont installer le maquis dans les montagnes de Kibamba au Sud-est de la RDC. Ils auront le soutien des volontaires cubains commandés par Che Guevara qui va se solder par un échec à cause de l’ignorance de terrain. Déçus, les Cubains abandonnent le maquis aux Congolais. De plus, les Nations unies ne voulaient pas de la présence de troupes étrangères sur le territoire congolais.

C’est ainsi que Laurent-Désiré Kabila va créer, le 24 décembre 1967, une formation politique d’avant-garde : le Parti de la Révolution Populaire (PRP) et va installer le maquis dans le territoire de Fizi dans la localité de Hewa Bora au Sud-est de la RDC pour continuer sa lutte contre le régime de Mobutu soutenu par les puissances occidentales et leurs multinationales dans le cadre de la Guerre froide.

Dans les maquis de Hewa Bora, Laurent-Désiré Kabila met en pratique ses connaissances acquises durant sa formation dans les pays socialistes. Sur la base du principe de l’autosuffisance alimentaire valorisé par le socialisme africain de Nyerere, le principe de ne compter que sur ses propres efforts, Laurent-Désiré Kabila forme les paysans idéologiquement et les initie à la guérilla selon les conditions spécifiques congolaises.

À partir du maquis, Laurent-Désiré Kabila organisait des attaques contre le régime de Mobutu (Moba I et Moba II) qui seront un échec face aux Forces armées zaïroises mieux équipées par les armées occidentales. Il va faire un repli stratégique avec sa famille en Tanzanie et abandonner momentanément la lutte armée en attendant une opportunité. Et cette opportunité lui est offerte, par l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL), mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et l’Ouganda avec l’assistance des puissances occidentales et de leurs multinationales contre le régime de Mobutu.

Pour légitimer cette rébellion, le Rwanda et l’Ouganda vont chercher

Laurent-Désiré Kabila, figure emblématique de l’opposition armée ne s’étant jamais compromis avec le régime de Mobutu. L’occasion faisant le larron, sous influence de la Tanzanie, Mzée (le sage),  comme on aimait l’appeler, prend le leadership sachant très bien que  l’objectif était de restaurer la légitimité populaire du gouvernement  de Lumumba confisquée en 1961 par les usurpateurs congolais avec  le soutien des puissances occidentales.

Stratège, Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir comme Président de la République, à la surprise générale des parrains de la rébellion, après la fuite du Président Mobutu du pays le 17 mai 1997. Le rêve de son enfance, celui de marcher sur les pas de Lumumba est accompli. L’image de Patrice Lumumba qui était instrumentalisée par le président Mobutu est réhabilitée.

Devenu Chef de l’Etat, les premiers gestes symbolisant le retour à la légalité bafouée avec la mort de Lumumba en 1961 sont posés.

Le nom du pays «République du Zaïre» sous le régime Mobutu redevient République Démocratique du Congo. Le fleuve Zaïre est de nouveau rebaptisé Congo. L’hymne national «La Zaïroise» redevient Debout congolais. Et la monnaie le franc congolais se substitue au Zaïre.

Sur la gestion politique de l’État, la pensée de Laurent-Désiré Kabila est caractérisée par deux idées forces : «l’auto-prise en charge» et «Ne jamais trahir le Congo» qui viennent en appui à la pensée de Lumumba : Unité nationale, Indépendance économique et Panafricanisme.

Pour Laurent-Désiré Kabila, l’idée de l’auto-prise en charge signifie que le peuple congolais, après plus de 50 ans d’indépendance, ne pouvait pas continuer à être le dindon de la farce des autres peuples du monde. Se prendre en charge signifie qu’il faut compter d’abord sur ses propres initiatives avant de compter sur les efforts des autres.

Continuer à dépendre prioritairement de soi-même pour échapper à l’influence des autres ou à la domination extérieure. Se prendre en charge signifie avoir confiance en soi, en son pays et être convaincu qu’on a des capacités pour réussir même dans son pays.

Pour réaliser sa vision, Mzée Kabila crée certaines institutions, note Justin Omolela Selemani, dans son essai, «La Révolution de la Modernité à l’épreuve de l’auto-prise en charge». Il commence par la Réserve stratégique générale, un service pour répondre aux besoins des populations congolaises. Ensuite Le Service national, un organisme avec comme missions essentielles d’organiser sur l’ensemble du territoire national des centres d’encadrement des jeunes en vue de leur inculquer une éducation civique et patriotique, de les initier aux travaux de reproduction et de reconstruction.

Enfin, les comités des pouvoirs populaires (Cpp) et les cantines populaires. Pour Laurent Désiré Kabila, il faut restituer le pouvoir au peuple, en créant une vraie société «démocratique» à partir des «comités du pouvoir populaire» Cpp (une démocratie directe).

Quant à sa deuxième idée force, Laurent Désiré Kabila avait comme conviction de «Ne jamais trahir le Congo». Son compagnon de maquis, le patriarche Ismail Tutwemoto, donne l’explication de cette idée force. Quand on aime son pays, on est patriote ou nationaliste, le fait d’arriver simplement au pouvoir ne signifie pas la fin de la lutte. Le combat continue. Dès son arrivée au pouvoir, Mzee Laurent Désiré Kabila avait constaté que son pays, la RDC, était convoité par ceux qui veulent toujours exploiter les richesses du Congo.

Dans ces conditions, il faut continuer le combat commencé par P. Lumumba, pour que le peuple congolais devienne réellement maître de son pays, de son destin.

Et pour atteindre cet objectif, Il faut la prise de conscience de tout un peuple, surtout la jeunesse montante. Et que cette jeunesse puisse se dire que le Congo est un trésor qu’on ne peut vraiment ni brader, ni vendre, ni faire quoi que ce soit. Révolutionnaire et patriote, Mzee

Laurent-Désiré Kabila voyait déjà le danger et les enjeux autour de son pouvoir, autour du pouvoir du peuple. C’est ainsi qu’il a laissé un testament au peuple congolais «ne jamais trahir le Congo» pour que le Congo reste uni, debout et solidaire, insiste Ismail.

Quelles que soient les menaces, le peuple congolais doit résister et faire face aux enjeux de la balkanisation qui guettent la Rdc. Le peuple doit savoir protéger le pays et refuser toute ingérence dans les affaires nationales encore moins accepter l’esclavage de qui que ce soit.

Cependant les idées forces (auto-prise en charge et Ne Jamais trahir le Congo) du Président de la République Laurent Désiré Kabila ont rencontré une forte résistance de la part des élites congolaises, des puissances occidentales et leurs complices dominées par l’idéologie néolibérale.

En effet, en prenant le pouvoir le 17 mai 1997, le président Laurent Désiré Kabila s’est retrouvé en face des élites jouisseuses et étant au service des puissances occidentales qui n’étaient pas prêtes à lâcher leurs privilèges acquis durant le règne du régime de Mobutu.

En plus, le nouveau régime est noyauté par les élites mondialistes («conglomérat d’aventuriers» selon Laurent Désiré Kabila) l’ayant accompagné dans sa guerre de libération du Congo. D’ailleurs, le président Laurent Désiré Kabila va rencontrer la résistance des puissances occidentales dont l’objectif de la guerre était de mettre les richesses sous leur contrôle. De là, il était en contradiction avec toutes les institutions internationales néolibérales qui tenaient à réguler l’économie congolaise. C’est ainsi que la Banque mondiale et le Fonds monétaire n’ont jamais collaboré aux politiques publiques avec son gouvernement jusqu’à son assassinat le 16 janvier 2001.

Comme Patrice Lumumba qui avait laissé un testament aux Congolais avant son assassinat le 17 janvier 1961, le Président Laurent Désiré Kabila a fait de même lors de son message de nouvel an adressé aux congolais le 31 décembre 2001. «Dans ce message, il met les

Congolais en garde contre une guerre économique et une guerre de tentative de balkanisation de la RDC.» «C’est pour chasser ce cauchemar de démembrement de notre nation, note le président de la République «que je vous convie, filles et fils du grand Congo démocratique, à une résistance encore plus active et à une lutte, sans merci, contre nos ennemis, jusqu’au jour où nous recouvrerons totalement l’intégrité territoriale, l’indépendance nationale, et la souveraineté internationale de notre pays.» Et le Président Laurent Désiré Kabila exige des Congolais «pour atteindre ce noble et légitime objectif, la République Démocratique du Congo a besoin de sa cohésion interne, sans la moindre fissure. Ce dont les antirégimes, devant le danger que court pourtant la mère patrie, qui ne veulent nullement comprendre.»

Par ailleurs, le testament de Mzée Kabila est le prolongement de celui de Lumumba laissé aux congolais. Dans son testament, Lumumba était convaincu avant son assassinat en 1961 que «tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.». La même conviction a caractérisé, 40 ans après, le testament de Laurent Désiré Kabila au peuple congolais qui était convaincu que «la République Démocratique du Congo est un pays choisi par Dieu et le plan divin se réalisera totalement sur cette terre africaine du Congo démocratique, quelles que soient les tentatives humaines intérieures et extérieures».

De toute façon, pendant ses trois ans de règne à la tête de l’Etat congolais, Laurent Désiré Kabila a suivi les pas de Patrice Lumumba qui a perdu sa vie pour la défense du Congo. Le peuple congolais est reconnaissant en les hissant au niveau des héros nationaux et en deux monuments en leur mémoire.

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